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Plateaux (35)
22.02.21
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En écho à l’exposition Code is Law, présentée du 9.01.21 au 28.02.21 au Centre Wallonie-Bruxelles I Paris, imaginée par les commissaires Carine le Malet et Jean-Luc Soret, et dont le titre s’inspire d’un article de Lawrence Lessig qui a fait manifeste, la commissaire d’exposition et critique d’art Asli Seven s’entretiendra avec les artistes Antoine Bertin et Claire Williams, tous deux exposé.e.s à cette occasion, ainsi qu’avec Sébastien Lacomblez – du collectif TERRE – dont la trajectoire est présentée, en avant-première, sur les réseaux du Centre Wallonie Bruxelles. Il sera question de déjouer l’idée de l’apocalypse comme seul horizon possible en révélant par trois pratiques artistiques, différentes propositions sur les textures multi-échelles du monde vivant, et de développer une réflexion critique sur les outils sensoriels, techniques et linguistiques par lesquels nous construisons la réalité du monde au quotidien.

Avec : Antoine Bertin, Sébastien Lacomblez et Claire Williams en conversation avec Asli Seven

Une émission en direct du studio *Duuu, enregistrée le 22.02.21 en collaboration avec le Centre Wallonie-Bruxelles.

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01.11.18
Le maître ignorant
Massimiliano Baldassarri
49'57"
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01.11.18
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Le maître ignorant, cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle (1987), par Jacques Rancière

Chapitre premier 1/5 : Une aventure intellectuelle (8’01)
2/5 : L’ordre explicateur (12’59)
3/5 : Le hasard et la volonté (10’32)
4/5 : Le Maître émancipateur (7’56)
5/5 : Le cercle de la puissance (10’29)

« Le mythe pédagogique, disions-nous, divise le monde en deux. Il faut dire plus précisément qu’il divise l’intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C’est l’intelligence du petit enfant et de l’homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C’est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l’élève et de vérifier que l’élève a bien compris ce qu’il a appris. Tel est le principe de l’explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l’abrutissement. »

Jacques Rancière, Le Maître ignorant.

En l’an 1818, Joseph Jacotot, révolutionnaire exilé et lecteur de littérature française à l’université de Louvain, commença à semer la panique dans l’Europe savante. Non content d’avoir appris le français à des étudiants flamands sans leur donner aucune leçon, il se mit à enseigner ce qu’il ignorait et à proclamer le mot d’ordre de l’émancipation intellectuelle : tous les hommes ont une égale intelligence. On peut apprendre seul, sans maître explicateur, et un père de famille pauvre et ignorant peut se faire l’instructeur de son fils. L’instruction est comme la liberté : elle ne se donne pas, elle se prend. Elle s’arrache aux monopoleurs d’intelligence assis sur le trône explicateur. Il suffit de se reconnaître et de reconnaître en tout autre être parlant le même pouvoir.

Il ne s’agit pas de pédagogie amusante, mais de philosophie et, si l’on veut, de politique. La raison ne vit que d’égalité. Mais la fiction sociale ne vit que des rangs et de leur inlassable explication. À qui parle d’émancipation et d’égalité des intelligences, elle répond en promettant le progrès et la réduction des inégalités : encore un peu plus d’explications, de commissions, de rapports et de réformes, et nous y arriverons. La société pédagogisée est devant nous. À sa manière moqueuse, Joseph Jacotot nous souhaite bon vent.
(Texte, Ref : Fayard)

Lecture, son et réalisation : Massimiliano Baldassarri
Jacques Rancière, Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Paris, Editions Fayard, 1987, p. 16

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